La peur et la connaissance

Nicolas Thiffault-Chouinard, Chroniqueur

In this era of selfie and live broadcasting, we decided to walk into a room with no screens, no computers, not even tap water. Only desks, chairs and a throne, symbol of Her sovereignty. We came for multiple reasons, but one is the most important: think. Think of a new approach, think about old ideas. Ask ourselves what is wrong, what is right and what we think law should be.

Peu d’endroits, dans le temps et l’espace, laissent aux êtres humains superficiels et angoissés que nous sommes l’opportunité d’être, sans paraître. L’occasion de penser, sans jouer, de parler vrai, sans hypocrisie, l’occasion d’exister pour contempler une idée; ces occasions sont rares.

Il est vrai que nous sommes tous et toutes tirés à quatre épingles. Un code strict nous impose de nous vêtir d’une certaine manière – pompeuse et élitiste à l’occasion – mais ce n’est que pour démontrer le respect que nous avons, pour l’endroit. Ainsi, ce n’est pas pour paraître que nous nous parons de nos plus belles plumes de paons, mais – il faut l’admettre – certains tombent dans ce panneau.

À ceux qui nous rejoignent: il ne faut pas avoir peur.

Il s’agit sans aucun doute de l’écueil le plus dangereux. La peur d’être ridicule risque de vous foudroyer bien davantage que le ridicule lui-même qui, disons-le au détour, n’a rien de dramatique. Encore, la peur de vous tromper, de vous méprendre est une crainte qu’il faut abandonner immédiatement. D’abord, se tromper est le propre d’une personne qui cherche la vérité. Se tromper, l’admettre et corriger le tir, voilà une démarche bien plus intéressante. Ensuite vient la peur d’ignorer, de ne pas assez en connaître. Ne pas savoir.

C’est là, de toutes les peurs qui peuvent vous frapper, la plus insidieuse et la plus difficile à contrer. Elle est difficile à éteindre parce que ceux qui vous entourent constituent un échantillon privilégié d’une population privilégiée. Il ne faut pas se raconter d’histoires, seulement faut-il en être conscient. Normal alors d’être envahi d’une sensation d’ignorance; la somme des livres lus, des kilomètres parcourus en avion ou encore des pays visités par vos camarades est sans doute bien supérieure à la moyenne des gens. Malgré tout, ils s’en trouvent encore pour être de parfaits imbéciles, il faut leur pardonner. Bref, pour vaincre cette peur de l’ignorance, il faut considérer la connaissance autrement.

Il n’est pas question d’une somme de faits organisés, à mon sens, mais de la capacité à imaginer l’immensité du réel à partir du peu que l’on connaît déjà.

Partant de là, en “gardant l’esprit ouvert”, pour reprendre l’expression consacrée, vous arriverez à dépasser vos propres conceptions de la réalité, du bien et du mal, et à accepter celles des autres. Or, l’idée est d’être assez courageux pour avancer, à votre tour, une conception du réel. Cet échange, c’est ça la valeur-coeur (core) du PJQ et vous en êtes les poumons.

Ici doit se terminer ce texte. Ce texte de peu de mots, pour brosser le portrait d’une intense fécondité d’idées, d’une intense camaraderie, mais aussi de chocs intenses. Ce courage qu’il faudra pour s’opposer, vous saurez le trouver. En vous questionnant sur des enjeux de notre temps, vous trouverez réponse – et pourrez remettre en question – les plus vieilles interrogations, au nombre desquelles figurent la définition du bien, du mal, de la beauté et de l’essence de l’existence – si tant est qu’elle existe. Rien de moins.

Faut-il avoir peur? Non, mais juste un peu. x