Fille ou garçon, à quoi bon faire la distinction?

Par Kateri Rivard, responsable de dossier

« C’est une fille »! Qui aurait pu croire que cette simple phrase puisse avoir un impact aussi grand dans la vie d’un.e enfant? Au moment même où elle ou il voit le jour, les stéréotypes de genre commencent déjà à faire leur place, peu à peu et très vicieusement, dans la vie du nouveau-né.

Qu’ils soient causés par l’éducation, la culture ou les traditions, il est impossible de nier que les stéréotypes de genre sont encore bien présents dans notre société, et ce, dès le plus jeune âge. On les voit dans les jouets donnés aux enfants ou même dans les attentes comportementales que les gens ont envers les enfants. Ceci empêche les enfants de se développer à leur façon et fait qu’elles et ils ont plutôt une évolution dictée par les stéréotypes genrés. Bref, le travail à faire est encore immense quant à l’égalité des sexes et l’utilisation de la pédagogie est certainement un choix judicieux pour sensibiliser le plus grand nombre de personnes à cet enjeu.

Sexe et genre

« On ne naît pas femme, on le devient »- Simone de Beauvoir

Déjà en 1949, Simone de Beauvoir nous initiait à la distinction entre le sexe biologique et le sexe social. On commençait aussi à comprendre à quel point l’entourage et l’éducation d’un enfant avaient une grande influence sur son sexe social.

Le sexe est purement physique et génétique tandis que le genre correspond au sexe social, c’est-à-dire à la classification sociale et culturelle de la représentation des sexes à laquelle une personne s’identifie. D’ailleurs, le genre permet de comprendre comment se construisent les inégalités entre les personnes en pointant les différences qui sont socialement construites.

La distinction du sexe et du genre amène un enjeu scientifique et surtout politique en distinguant deux concepts aussi étroitement liés.

Un projet de loi

La ministre fut certainement inspirée par la pédagogie neutre lors de la rédaction de son projet de loi. La pédagogie neutre est une pratique de plus en plus répandue dans les pays scandinaves. Cette pédagogie ne fait aucune distinction entre les sexes et se veut un outil au service de la lutte contre les stéréotypes de genre et pour l’égalité. En enlevant le plus grand nombre possible de stéréotypes, on s’assure de donner une chance égale à tous les enfants, peu importe leur sexe. En utilisant la pédagogie neutre, la ministre souhaite enrayer les stéréotypes de genre qui créent de réelles inégalités entre les hommes et les femmes dès l’enfance.

De plus, certaines personnes ne se retrouvent pas dans le sexe que la société leur a attribué. C’est donc aussi pour remédier à ces problématiques que la ministre Laroche-Francoeur nous présente son projet de loi ambitieux.

Le premier changement sera l’ajout de la mention du genre sur les papiers d’identité à partir de 18 ans. Il sera possible de la modifier à tout moment et sans frais. Ensuite, c’est la pédagogie qui sera utilisée dans ce projet pour mettre en branle le changement. En effet, une réforme majeure du système éducatif sera mise en place.

Toutes les institutions pédagogiques seront touchées par cette réforme, du réseau préscolaire à l’université, en passant par le Réseau du Sport Étudiant du Québec (RSEQ). Également, il est à noter que les intervenants et les intervenantes du milieu scolaire devront suivre une formation concernant les inégalités entre les sexes, les thématiques connexes aux genres et la linguistique non genrée. Un code linguistique non genré sera aussi créé et devra être respecté. Une nouvelle agence mettra en place ces mesures et s’assurera de la supervision de celles-ci. Bien entendu, cette liste de mesures n’est pas exhaustive, mais elle vous permet d’avoir une idée des outils utilisés pour remédier à la problématique. x

Entrevue avec la ministre LaRoche-Francoeur

Afin de nous en apprendre davantage sur son projet, la ministre a gentiment accepté de répondre aux questions de La Colline. Nous vous laissons donc sur un petit résumé de ses réponses qui vous donnera certainement envie d’en savoir plus.

La Colline (LC): Comment résumeriez-vous votre projet en quelques phrases?
Coppélia LaRoche-Francoeur (CLF): En résumé, le projet de loi assurera l’intégration de la pédagogie neutre dans les écoles afin de changer les valeurs inculquées aux citoyen.ne.s. On ne mentionnera plus le sexe et la mention du genre viendra progressivement dans le parcours scolaire de l’enfant. En arrêtant de toujours séparer les enfants en groupes gars/filles, on règlera du même coup des inégalités créées par cette séparation. Enfin, cette nouvelle approche permettra aux gens qui ne se reconnaissent pas dans le genre que la société leur attribue de décider ce qui leur convient.

LC : Comment pensez-vous que les gens réagiront à votre projet ?
CLF : Je crois que ce projet de loi fera beaucoup parler! Les concepts de sexe et de genre sont des concepts très intégrés dans notre société. En conséquence, sortir de ce modèle auquel nous sommes habitué.e.s fera certainement grincer les dents de quelques-un.e.s.

LC: Pourquoi croyez-vous qu’il est important d’impliquer le réseau scolaire dans la lutte pour l’égalité des sexes?
CLF: L’école est l’un des premiers endroits où les enfants sont socialisés, c’était donc pour moi le meilleur endroit à choisir pour démarrer le changement de mentalité. En utilisant le milieu scolaire comme voie pour opérer le changement, on touche le plus grand nombre de gens en passant par les enfants, les parents et les autres intervenant.e.s. L’utilisation du réseau scolaire permettra aussi de donner des cours pour expliquer ce qu’est le genre et pour expliquer pourquoi la réforme que je propose est nécessaire.

LC: En tant qu’entraineure dans le RSEQ, avez-vous été témoin d’injustices qui vous ont poussée à aller de l’avant avec votre projet de loi?
CLF: Je n’ai pas vu d’injustices en tant que tel dans le réseau. Par contre, en tant qu’entraineure d’équipe de basketball mixte, j’ai vu que les filles pouvaient aussi bien réussir que les garçons dans les équipes mixtes. De plus, dans le même esprit que le projet de loi, il faut cesser de diviser les gens en fonction de leur sexe; les équipes sportives sont un endroit où il est possible de cesser cette division. x