De l’audace à l’état pur!

Kateri Rivard, Responsable de dossier

C’est un projet de loi ambitieux que la ministre Laroche-Francoeur nous présentera à l’Assemblé nationale en décembre. Elle tente, par la voie de l’éducation, d’éradiquer tous les stéréotypes et la discrimination liés au genre. En effet, le milieu éducatif est certainement un choix judicieux pour débuter ce changement radical. C’est un lieu fondamental dans la construction de l’identité d’une personne et dans son développement cognitif. L’école, comme la famille et les médias, est un milieu d’apprentissage qui véhicule des connaissances, mais aussi des normes sociales qui sont bien souvent genrées. Rappelons ici que les stéréotypes de genre peuvent causer préjudice aux enfants qui, bien souvent, sont limités dans leur épanouissement par la force de la culture genrée que la société leur impose1. Décortiquons quelques-unes des dimensions polémiques du projet.

Tout d’abord, advenant l’adoption du projet de loi, aucune référence au genre ne pourra être faite dans l’appareil public et les écoles devront appliquer la pédagogie neutre. Cette pratique vise à traiter les enfants, peu importe leur sexe biologique, de la même manière. Il s’agit aussi, entre autres, d’éviter d’associer un comportement ou un goût spécifique à un sexe biologique. Malgré cette noble intention, les mesures mises en place par la ministre soulèvent quelques questions : sachant que les enfants d’âge primaire traversent une période de découverte de leur sexualité, la pédagogie neutre pourrait-elle nuire à celle-ci?

Ensuite, le projet de loi assure la mise en place de l’Agence pour la neutralité et de l’Institut de recherche sur la socialisation non genrée. Ils devront s’assurer de construire des cours sur le genre et ses sujets connexes tels que les inégalités entre les sexes et la socialisation. Ces cours seront dispensés au niveau primaire, secondaire, collégial et universitaire. Ils mettront aussi en place le Guide linguistique non genré qui introduit un pronom neutre, permettant à tous et à toutes de s’exprimer sans faire référence au genre. Est-ce une simple façon de se donner bonne conscience en camouflant les inégalités derrière des mots neutres?

De plus, on s’attaque plus particulièrement à deux appareils à l’extérieur des classes : le Réseau du sport étudiant du Québec et les médias. Du côté des sports, on veut abolir les catégories basées sur le genre. On peut avoir ici des inquiétudes quant aux dangers de mettre ensemble des personnes aux physiques différents. La députation devra être bien prudente avec cette mesure, qui pourrait malheureusement provoquer le résultat inverse à celui espéré si les mesures ne sont pas rigoureusement définies et appliquées. Du côté des médias, ils seront assujettis au nouveau Guide linguistique non genré. En imposant ce guide aux médias, on limite le principe fondamental de la liberté d’expression. La délégation osera-t-elle imposer ce changement et donc limiter la liberté de presse?

En somme, la ministre prend les grands moyens pour se rapprocher de l’égalité des chances, peu importe son sexe et le genre auquel on s’identifie. La radicalité de certains moyens choisi par la ministre ne plairont certainement pas à tous et à toutes, mais existe-t-il une d’autres moyens pour atteindre un objectif aussi important que celui de l’égalité des sexes et des genres? Les mesures sont audacieuses, certes, mais tentent réellement de contribuer au changement des moeurs. La Ministre Laroche-Francoeur aurait-elle enfin trouvé la racine du problème et le bon mécanisme pour s’y attaquer?

Attention, vos idées les plus profondément ancrées pourraient être remises en question par ce projet, mais c’est justement ce qui en fait sa beaut et sa pertinence! x

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Source: « Culture » Dans: Tremblay RE, Boivin M, Peters RDeV, eds. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants [en ligne]