Une Quête

Par Nicolas Thiffault-Chouinard, Chroniqueur

Dans le paisible d’un jardin, un peu de vent, mais presque rien. Une réflexion remonte alors le cour du flot de mes idées, jusqu’à ma tête. Une réflexion sur les fondements du droit. Après quelques instants à observer un merle, perché sur un fil électrique, un constatation s’impose à moi: nous cherchons tous désespérément quelque chose.

Peut-être, cependant, sommes-nous juste assez naïves et naïfs pour l’ignorer. Or, si nous sommes ici, c’est que nous cherchons quelque chose. Une raison, une cause, une idée peut-être. La jeunesse a donné à tout le monde une première mission, celle de trouver une raison d’être. Si certain.e.s escamotent cette pensée, d’autres trouvent une réponse satisfaisante et avancent. D’autres, toutefois, ne sont jamais satisfait.e.s et cette première épreuve sera leur unique quête. Donc, nous cherchons. Nous sommes des chercheuses et des chercheurs. Peu importe ce que l’on cherche, nous sommes uni.e.s par cette même volonté: trouver quelque chose.

Sur ce chemin, que nous empruntons ensemble, à l’écart, protégé par l’hiver glacial, je ne souhaite qu’une seule chose pour nous: que l’abstraction nous guide dans notre manière de réfléchir et d’imaginer.

Petite parenthèse, voilà qui m’évoque ici, Schopenhauer qui, sans que j’en sois un exégète ou même un spécialiste, m’avait foudroyé dans l’Art d’avoir toujours raison. Loin d’en faire un guide, j’en ai fait un livre des poisons. Je m’y réfère pour déceler les pièges dans le discours de mes interlocutrices et interlocuteurs; pour déceler les failles dans mon propre discours. Une lecture de chevet pour tout insomniaque. Oh! Pardonnez mon étonnement, mais le merle vient de s’envoler. Bon, j’y retourne.

Pour réussir à voir les choses de manière très abstraite, il y a une arme de prédilection. Le doute. L’abstraction nous permet, ainsi, de comprendre une idée. Ensuite, l’action nous permet de prouver la théorie derrière cette idée. La prouver ou la détruire, deux résultats qui ne devraient pas faire de différence. Ainsi à la farouche et chauvine paternité – ou maternité – des idées, j’oppose l’immensité de l’inconnu dont il ne faut jamais se méfier. Le courage d’avoir tort. Le courage de défendre une position, puis de reconnaître l’erreur et ensuite changer de camp. Il faut, pour cela, une certaine dose d’abnégation. Je comparerais cet effort à celui que ferait une personne qui marcherait seule dans le noir de la nuit avec, pour seul repère, la flamme d’une seule bougie, tout en cultivant l’espoir de pouvoir tout éclairer. Clair comme le jour. Puissant comme le soleil.

Ainsi, j’avance avec toujours plus d’ambitions pour que ceux qui me méconnaissent me disent fou, car oui, la folie n’est pas étrangère à cette démarche. Et, tant il est vrai que je veux m’en éloigner pour la fin sordide qu’elle peut être, tant il est vrai aussi, paradoxalement, que j’en fait grand usage, de la folie, comme d’un moyen pour construire des idées.

Étrange manière d’aborder la réalité me direz-vous. Peut-être. En effet, douter autant n’a pas que des avantages. La folie, comme j’en fait état, n’est jamais bien loin du doute. Et je ne parle pas ici d’une douce folie, mais plutôt d’une folie dangereuse. Celle qui remet en question l’existence et vous entraîne dans une spirale de questions horribles. Il faut se garder de ce piège. Fatal.

Pour s’en prémunir et ainsi user du doute efficacement et sans danger, il y a la foi. Foi comme dans fides, la confiance. La confiance en quelque chose, la confiance en une idée, un idéal. Une foi propre à chacun.e. Ma foi repose sur une certaine idée de la beauté et sur un amour certain pour la connaissance. Elle s’illustre par ma passion pour les mots et ma volonté d’éteindre des feux comme celui du mensonge ou de la souffrance. En un sens, ce sont là les fondements de mon droit. La force motrice qui fait battre mon coeur, la clef de voûte qui supporte tout l’édifice de ma pensée.

Mais, trêve de bavardage inutile; ma foi n’a que peu d’importance en ce moment. Aujourd’hui, je ne suis pas la législatrice, ou le législateur. Au mieux, je commente, j’observe, je critique et déverse mon âme en rivières de mots noirs sur une page de papier blanc. Rien de plus. En ce moment, c’est sur la foi de la Chambre qu’il faut compter. C’est une fiction, certes, mais les électeur.trice.s ont placé en vous tous leurs oeufs. Dans seulement deux paniers – peut-être qu’il en faudrait davantage, mais ici ce n’est pas le propos – reposent toutes les espérances, les volontés et les intérêts des électeurs.

Là se cachent les fondements du droit, dans le coeur et la tête de celles et ceux qui, armés du doute et de la foi, sont engagé.e.s dans une quête désintéressée de la vérité. L’âme de celles et ceux qui écrivent le droit explique, ultimement, le contenu de nos lois. Il faut en être conscient. Se connaître soi-même et arriver à douter sans se détruire, voilà ce que ce texte tente de vous dire, en fin de compte.

Déjà, le soir tombe sur le jardin. Je vais allumer une bougie pour veiller encore. x