Recette transformatrice pour le solstice d’été

Par Nicolas Pilon, Rédacteur en chef adjoint au contenu écrit

Alors que les tambours du retour scolaire résonnent de plus en plus fort, la nation péjiquiste rassemble ses énergies au traditionnel Sommet du Lac dans l’optique de préparer la 68ème législature. Cette mise en scène porte une valeur considérable : c’est le moment de l’année où les projets de loi seront testés pour la première fois, où la viabilité et la pertinence du principe et de sa direction générale se frotteront à nos interrogations, commentaires et critiques; le tout, évidemment, sans entrer dans l’argumentation, apanage de la simulation elle-même. En langage péjiquiste, c’est le moment de l’année où les porteuses et porteurs se feront lyncher sans réellement pouvoir répondre. Donnez-leur votre amour, elles et ils ont travaillé fort!

Plus qu’une audition, le Sommet est une forme de solstice intellectuel d’été préparant la table annuelle de l’illumination de fin d’année, cette bulle cristallisée qu’est la simulation – incompréhensible pour la plupart des non-participant.e.s, mais ô combien semblable aux boules de Noël pour nous. Un véritable petit monde où Gabriel Laurence-Brook jouera formellement le rôle du Père Noël alors que nous serons les petits lutins. On parle de cette préparation fiévreuse du jour un au jour J qui permet chaque année la construction d’une tradition, d’un édifice où des pierres s’ajoutent en portant la gloire du PJQ toujours plus haute. La mémoire de nos prédécesseur.e.s se retrouvent dans les petites coutumes et habitudes propres à toutes nos activités et dans l’expérience et la compréhension de nos sages ancien.ne.s. Bref, la culture du Parlement Jeunesse du Québec non seulement mérite notre attention, mais elle nous appelle.

La volonté de participer à quelque chose de plus grand que soi se cultive ultimement chez l’individu. Elle se construit, se travaille et s’alimente. Nous avons toutes et tous des raisons qui justifient notre participation. Certaines sont extravagantes, d’autres sont bien ordinaires. Certaines impliquent un plaisir dans le jeu, d’autres une version carriériste de soi-même. La plupart sont probablement légitimes. Pourtant, s’il est une chose qui dépasse toutes ces raisons et, donc, qui mérite d’être applaudi et cajolé, c’est l’esprit englobant le groupe. L’esprit légué par quelques journées endiablées comporte cette fibre de grandeur, de dépassement de soi et de compréhension élargie. Ces émotions fortes, concluantes parce que réelles, poussant chacune et chacun vers un centre gravitationnel chaque année reconstruit; cette présence puisant dans la quintessence de la culture péjiquiste sous une nuance qui, chaque année, se renouvelle. Se pencher sur un esprit, c’est penser le nous avec le je, penser l’équipe avec l’individu, réfléchir le corps et ses fonctions avec celles des membres. Être soi-même peut être une tâche ardue dans un univers social souvent difficile et rempli de défis. Être une partie d’un tout conscient l’est vraisemblablement encore plus. Partant.e.s pour y parvenir?

Mais à la limite, mis à part le plaisir potentiel, les amitiés probables, les avancées intellectuelles, les remises en question, les difficultés constructives et tout le tralala, pourquoi se donner tant de mal? Voilà une question légitime. Quel est son telos? Chaque personne aura possiblement sa réponse, mais je tenterai la mienne. Le telos d’un esprit solide et capable, au PJQ, renvoie à la nécessité de s’occuper de cette société qui est la nôtre en donnant un immense porte-voix à la démocratie participative et délibérative. La simulation est une version plausible, mais trop souvent peu mobilisée, de certaines parties de la vie commune. Mais rêvons un peu : et si ces habitudes participatives et délibératives pénétraient le tissu social, serions-nous en mesure de dire que la démocratie québécoise est plus solide?

En s’imprégnant d’une mission commune, soit de réellement accrocher – et non pas de raccrocher – les citoyen.ne.s au pouvoir politique populaire, chaque individu sort de la bulle péjiquiste pour devenir à son tour le porte-voix d’un monde démocratique différent, et d’ainsi répondre par l’affirmative à la question ci-dessus. Et ne vous détrompez pas : notre pouvoir collectif ne réside que dans la capacité de chacun.e de le porter le plus loin possible. Alors donnons le ton au rituel de fin d’été en créant en son sein un esprit solide et portant la capacité de rapatriement des citoyen.ne.s au centre de leur vie politique! Comme un [insérer un nom possiblement connu et pittoresque ici] l’a dit, « si vous ne vous occupez pas de la politique, c’est elle qui s’occupera de vous ». Que cette phrase brasse nos petites caboches et que le désir de notre liberté prenne le dessus! x